Pour en finir avec la guerre Print/Web

L’individu à souvent peur de la nouveauté. L’arrivée de l’ère numérique dans le monde de l’édition  en est un exemple frappant. Beaucoup voient, dans le on-line, une menace pour notre patrimoine culturel écrit. Cette méfiance réciproque a pour origine une méconnaissance structurelle : les 2 univers se côtoient souvent sans se parler et se jugent parfois sans se connaitre. Pourtant, les deux univers n’ont aucune raison, voire aucun intérêt, de se tourner le dos. Au contraire…

L’arrivée triomphante des supports numériques dans le landernau de l’édition nourrit actuellement un débat passionné des anti contre les pros. Les premiers agitent le chiffon rouge de la disparition annoncée et irréversible, donc d’un appauvrissement, d’une certaine forme de culture écrite. Les autres reprochent la vision archaïque des premiers et revendiquent la nécessité d’une évolution des formes de contenus sous un prétexte d’universalité et de sens de l’histoire. Dans un cas comme dans l’autre, la diabolisation d’un modèle conduit à la radicalisation et à une vision dogmatique qui a la peau d’autant plus dure qu’elle est relayée par une sphère d’intellectuels qui ont accès aux médias.

Mon avis est que tout cela est avant tout un héritage de la relation entre deux communautés qui se connaissent mal et nourrissent méfiance et suspicion. Face à ce constat, il me semble pertinent de réconcilier les deux parties et d’en finir, une fois pour toutes, avec les querelles de clochers qui conduisent à placer systématiquement les mondes du Print et du Web dos à dos.

Le numérique n’est plus un choix

Internet est aujourd’hui un fait. Ses usages tendent, à tort ou a raison, à se généraliser. Tenter de s’y opposer par le dénigrement systématique revient à mener un combat d’arrière-garde. L’article sur la querelle des pratiques, qui relaye en partie celui de Pierre Assouline posté sur le Monde.fr, est symptomatique de l’obscurantisme d’une certaine catégorie de nos penseurs qui visent à nier le monde du numérique sans en connaitre précisément les contours. L’heure n’est plus à l’affrontement, mais plutôt à l’intégration de ce qui n’est finalement rien d’autres qu’un nouveau canal de diffusion éditorial. On sait déjà que cela ne se fera pas sans difficultés. Mais la dénégation systématique n’est certainement pas le moyen le plus constructif pour parvenir à poser les bases d’un nouveau modèle.

Vers une adaptation nécessaire des usages

Comme le signale fort pertinemment Jean-Louis de Montesquiou, l’émergence des médias numériques ne sonne pas nécessairement le glas de l’édition traditionnelle. Systématiser ce modèle n’a pas de sens : l’émergence d’un nouveau média n’a jamais eu pour corollaire nécessaire la disparition d’un autre. Il entraine tout au plus une évolution de ses usages et de ses modalités. C’est bien plutôt le comportement des détracteurs systématiques qui conduisent à la marginalisation d’un secteur, et donc à son affaiblissement. Bien entendu, il convient de rester vigilant face à la montée en puissance du tout gratuit et d’actions « désintéressées » comme celle de Google qui tend à s’octroyer la mémoire collective des œuvres écrites. C’est, de mon point de vue, une des raisons qui exige de ne pas sanctuariser le secteur de l’édition traditionnelle.

Print et Web : des usages qui s'additionnent

Print et Web : des usages qui s'additionnent

Des supports complémentaires ?

Enfin, les 2 supports Print et Web sont-ils vraiment concurrents ? A mon avis, pas plus que ne peuvent l’être d’autres médias comme la télévision et la radio. Comme le montre le graphique ci-joint, les deux supports sont loin de se superposer en termes d’usage. Ils présentent au contraire une complémentarité unique en termes d’exploitation, de mode de consultation, de besoin, de vocation et même de philosophie.

Donc, une fois pour toute, prétendre que l’émergence du numérique conduit fatalement à la fin de l’édition traditionnelle n’a pas plus de sens que de vouloir que le papier ait les mêmes fonctionnalités que le web. La vérité est plus prosaïque : ils sont tout simplement deux médias distincts qu’il convient d’appréhender de manières différentes, sans pour autant les opposer.

Réconcilier les meilleurs ennemis du monde

Les enjeux passent donc désormais par l’aptitude à appréhender les deux supports de manière autonome et par la capacité a avoir une approche véritablement transmédia des contenus. Jusqu’à présent, les références sont, et pour quelques temps encore, dans les mains d’une génération pour qui le modèle papier « traditionnel » reste encore la norme. La tendance est donc plutôt à l’adaptation du contenu print vers un support numérique. L’arrivée des « digital natives » devrait rapidement inverser cette tendance vers une vision « tout web ». La clé réside sans doute entre les deux tendances et appartient à celui qui saura raisonner en terme d’adaptation du message plus qu’en terme d’outils.

Il faudra donc apprendre à réconcilier les deux frères ennemis pour en tirer toute leur substantifique moelle. Car c’est avant tout le dogmatisme de chacun qui est le principal risque pour la pérennité du fond éditorial universel.

Pascal Beria

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A propos Pascal Beria

- Consultant éditorial indépendant - Rédacteur et scénariste - Auteur du livre « la révolution des contenus » - Rédacteur en chef de la revue « TANK »
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