Storytelling : ces « grands récits » qui nous gouvernent

storytelling«La vie est une pièce de théâtre», disait Sénèque qui s’y connaissait en dramaturgie. Même si nos existences ne sont heureusement pas toutes soumises aux rythmes de la tragédie, cette analogie témoigne de l’importance universelle du récit dans le façonnage d’une civilisation. Médias, politiques, marketing, religion sont autant de régisseurs auto-proclamés de cette «grande histoire» dans laquelle nous sommes tous ballottés. Au point, parfois, d’en devenir les manipulateurs. A l’heure des fake news et du fact-checking, on peut aujourd’hui se demander légitimement si l’homme est encore en capacité de se soustraire à ces influences et d’écrire sa propre histoire, en toute indépendance…

Il n’y a guère que Jean-Jacques Rousseau pour considérer que l’homme naît libre et exempt de toute influence. C’est néanmoins lui qui établit le cadre du contrat social, montrant qu’il est nécessaire de renoncer à cette liberté pour gagner le bien-être des peuples. Si on en doutait encore, l’homme serait un être intimement inféodé à un besoin de se sociabiliser et de se projeter dans quelque chose qui le dépasse. Aussi loin qu’on puisse remonter, les sociétés se sont toujours bâties sur un socle narratif. Qu’il s’agisse d’un dieu, d’un modèle social ou d’un idéal philosophique, l’homme se soumet volontiers à une histoire pour s’établir en société. «L’homme est un animal qui a besoin d’un maître», enseignait Kant. Les influences sociales ne sont évidemment pas les seules en jeu dans cette dépendance. À en croire les thèses darwiniennes, nous sommes ainsi tous le fruit d’une évolution naturelle qui a nécessité l’adaptation de notre espèce à notre environnement. L’homme est aussi la résultante de son propre milieu. Il est également, à titre individuel, le récipiendaire d’une influence familiale, culturelle, expérientielle et psychologique. Les travaux de Freud tendent à démontrer le rôle joué par les sentiments refoulés dans la genèse psychique d’un individu. Il a aussi démontré que le besoin de se tourner vers la religion était issu d’un réflexe inconscient de s’en remettre à une figure paternelle, protectrice, face aux épreuves.

Fatalitas

Tout porte à croire que l’homme n’est que le fruit d’une prédétermination à laquelle les existentialistes ont tenté de le soustraire, au moins par la volonté politique. Schopenhauer affirme que «l’homme est un être déterminé une fois pour toutes par son essence, possédant comme tous les autres êtres de la nature des qualités individuelles fixes, persistantes, qui déterminent nécessairement ses diverses réactions en présence des excitations extérieures», reléguant définitivement la notion de libre arbitre au rang des illusions. Sous couvert d’avoir le sentiment de choix, nous ne serions finalement que la somme de notre essence inaltérable et des influences auxquelles nous sommes soumis tout au long de notre vie et sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. Les choix qui s’offrent à nous ne seraient qu’illusion. Une étude publiée en 2002 dans le Journal of Personality and Social Psychology a même démontré l’impact directe du prénom sur les décisions prises dans sa vie. «Les personnes ont tendance à s’orienter vers les choses qui les renvoient à elles-mêmes […] et beaucoup choisissent un métier dont le mot-clé rappelle leur propre prénom», précisent les auteurs de cette étude. Autant de démonstrations qui militent pour une forme de déterminisme de l’existence, sans aucun recours au libre arbitre. Déprimant…

«De la cosmogonie orientale aux monothéismes du Livre, les religions s’appuient sur le récit pour établir leurs croyances.»

L’influence des grands récits

Pour autant, si l’être humain est le fruit de ce déterminisme, les influences qui le composent ne sont pas systématiquement néfastes. La pensée, l’esprit, la culture se nourrissent d’apports multiples. Au premier rang desquels se situent les grands récits qui façonnent l’histoire. De la cosmogonie orientale aux monothéismes du Livre, les religions s’appuient sur le récit pour établir leurs croyances. Si l’homme est un être spirituel, il n’en demeure pas moins rationnel et a besoin d’une structure narrative pour ancrer ses convictions, son idéal, établir son patrimoine et combattre son insupportable finitude. Depuis quelques années, des recherches en neurologie tendent même à prouver que la croyance ne serait rien d’autre qu’une réaction chimique du cerveau «programmé» pour «croire». L’expérience mystique serait alors une résultante de l’activation d’une partie du cortex favorisant la transcendance. Une expérience bien ancrée dans le réel, mais qui en appelle à la spiritualité, ne serait-ce que le jour où on a mal aux dents, comme le chantait Brel. Les grands récits ne sont toutefois pas le seul fait de la religion. Des contes de Grimm aux histoires du griot africain, des épopées helléniques aux légendes des Mille et une nuits, des paraboles bouddhistes à la tradition orale chamanique, ils constituent le ferment culturel de toute civilisation. Qu’il nous fasse peur ou nous amuse, qu’il soit moraliste ou accusateur, le récit n’est jamais neutre. Il pose des jalons, donne des cadres, soutient l’apprentissage, forme l’esprit critique, développe l’imaginaire, joue sur les sentiments, attendrit ou galvanise. Et façonne, in fine, les opinions et les cultures. «Nul n’est encore parvenu à déterminer ce que peut un récit», dit le théoricien de la littérature Yves Citton. Un levier sur lequel repose le pouvoir. Les croisades, l’Eldorado, la conquête de l’Ouest ou de l’espace, l’empire d’Alexandre ou de Napoléon, la supériorité supposée de la race aryenne ou la construction de l’Europe ne sont rien d’autre que de grands récits qui sont parvenus à toucher l’imaginaire du plus grand nombre. Un imaginaire fait d’histoires qu’il échafaude, d’images qu’il projette, d’envies qu’il refoule. Pour le meilleur et pour le pire.

«Qu’il nous fasse peur ou nous amuse, qu’il soit moraliste ou accusateur, le récit n’est jamais neutre»

L’imaginaire, levier de la manipulation

Il est donc facile de démontrer le rôle des histoires sur la manipulation. Gustave Le Bon, auteur du livre encore très commenté «Psychologie des foules», a démontré en 1895 l’autonomie de pensée des individus réunis en masse. «Déguiser sous des mots bien choisis les théories les plus absurdes suffit souvent à les faire accepter», explique-t-il. L’imaginaire sur lequel repose le récit s’avère ainsi naturellement un levier majeur de la rhétorique et de la manipulation. «On domine plus facilement les peuples en excitant leurs passions qu’en s’occupant de leurs intérêts», ajoute-t-il. Le sociologue souligne dans son ouvrage la faible capacité de réflexion d’une foule et de son aptitude irrésolue à passer à l’acte dès lors qu’on lui donne un motif. «Qu’il s’agisse d’un palais à incendier ou d’un acte de dévouement à accomplir, la foule s’y prête avec la même facilité.» L’action dénuée de raisonnement. On est proche de l’endoctrinement et du conditionnement, qui conduisent aux sacrifices et aux déviances sectaires. Mais aussi aux techniques de propagande, théorisées au début du XXe siècle par Edward Bernays. Ce père des relations publiques et de la communication politique, neveu de Sigmund Freud, a eu tôt fait d’intégrer la psychologie du subconscient dans ses méthodes d’influence de l’opinion. Ses plus hauts faits d’armes ayant été d’avoir incité, à la demande de l’industrie cigarettière, les femmes américaines à fumer, mais aussi d’avoir inspiré Joseph Goebbels dans son œuvre de propagande mortifère. Un joli CV qui nous démontre l’intime proximité qui existe entre communication, storytelling et manipulation.

« L’influence à laquelle nous sommes soumis pourrait tout aussi bien être un signe de bonne santé démocratique »

L’influence, condition à la démocratie ?

Pour autant, l’influence à laquelle nous sommes soumis pourrait tout aussi bien être un signe de bonne santé démocratique. Selon Bernays lui-même, la propagande serait même le contre-feu nécessaire à la dictature.

«La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique, écrit-il. Les techniques servant à enrégimenter l’opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait évidente».

À dire vrai, on imagine aisément qu’une dictature ne s’embarrasse pas de techniques complexes de manipulation pour prescrire des décisions qu’elle peut plus efficacement imposer par la force. La terreur a ses vertus, mais a aussi ses limites dans la durée, un peuple ne pouvant indéfiniment être gouverné sous la seule contrainte. Si le principe de manipulation est consubstantiel à celui de la démocratie, alors il pose une question cruciale sur le rôle du citoyen dans son fonctionnement. Comment supporter l’absurdité d’un système construit sur le pouvoir d’un peuple finalement considéré comme une entrave à son bon fonctionnement ? La pratique démocratique ne serait-elle qu’une forme de despotisme éclairé où l’autorité serait remplacée par une tromperie manipulatrice et infantilisante ? C’est à peu près le constat fait par Alexis de Tocqueville quand il parle de la «douce tyrannie» régnant sur une démocratie américaine alors en pleine construction :

«une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.[…] Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre? C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même.»

Histoire, mensonge et consentement

Ce constat de Tocqueville montre cette dualité endémique entre liberté et influence, dualité mise en exergue dans les années 20 par le journaliste américain Walter Lippmann lorsqu’il invente le terme de «fabrication du consentement» pour qualifier une propagande devenue «un outil ordinaire pour gouverner les hommes» dans un cadre démocratique si sophistiqué qu’il implique désormais un filtre nécessaire pour qu’il soit intelligible par le plus grand nombre.

«La création du consentement n’est pas un art nouveau. Il est un très ancien et était supposé disparaître avec l’apparition de la démocratie, affirme-t-il. Mais ce n’est pas le cas. La technique de cet art a, en fait, été énormément améliorée, parce qu’elle est à présent basée sur l’analyse plutôt que sur des règles approximatives.»

Influence, mensonge, conspiration, psychologie constituent donc la soupe primordiale d’une démocratie dans laquelle baignent pêle-mêle médias, publicité, cinéma, politique, lobbies et grandes entreprises. Autant de complicités supposées qui nourrissent le fantasme d’une manipulation globalisée toujours à l’œuvre, dont la théorie du complot n’est qu’une émanation récurrente et dont la finalité serait en fait d’endormir les consciences. Une évidence déjà mise en avant par Étienne de la Boétie dans son «Discours de la servitude volontaire» dans lequel il dénonce (déjà!) les «distractions» auxquelles le peuple se soumet volontiers contre un peu de liberté.

«Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir qui les éblouissait, s’habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n’apprennent à lire avec des images brillantes.»

L’histoire s’écrit, le monde regarde ailleurs

On pourrait s’étonner de la modernité des écrits venant d’un auteur aussi «lointain». Ils sont pourtant la confirmation que les leviers du pouvoir sont établis de tout temps sur les mêmes fondations de l’illusion. Socrate déjà se méfiait du sophisme et Machiavel considérait que «l’art politique est de faire croire». La vraie question est plutôt de savoir comment il est possible d’en être toujours au même stade de soumission aujourd’hui. «Une des choses que [les détenteurs du pouvoir] souhaitent, c’est une population passive, tranquille. Par conséquent, l’une des choses que vous pouvez faire pour rendre leur existence inconfortable, c’est de n’être ni passif ni tranquille», prêche l’essayiste et philosophe contestataire américain Noam Chomsky, prouvant par là-même que les techniques de manipulation des foules résident encore et toujours dans la capacité à occuper les esprits. Ce détracteur systématique de la politique étrangère américaine depuis le Viêt-nam de Nixon jusqu’à l’Irak de Bush, a longuement démontré le tropisme des médias à servir plus ou moins inconsciemment la politique officielle et influencer l’opinion publique du bien-fondé de l’interventionnisme américain. Une ligne politique elle-même orientée par des groupes d’intérêts puissants qui influencent les décisions et font peser un doute inquiétant sur l’état de la démocratie américaine. En passant de 175 en 1971 à près de 14000 en 2009, les lobbies œuvrant dans l’ombre du parlement américain deviennent une limite à cette démocratie, agissent, par les intérêts qu’ils défendent, sur la destinée du Monde et font planer sur les décisions politiques un parfum de suspicion qui n’est pas de l’ordre de la simple fantaisie. «Tout gouvernement a besoin d’effrayer sa population et une façon de le faire est d’envelopper son fonctionnement de mystère, dit-il par ailleurs. C’est la manière traditionnelle de couvrir et de protéger le pouvoir: on le rend mystérieux et secret, au-dessus de la personne ordinaire.» On en revient ici au pouvoir du récit.

«L’histoire a tendance à se répéter dès lors qu’il s’agit d’agiter l’épouvantail de la peur dans les grands mythes légitimant les décisions politiques»

Ce levier du mystère et de la peur qu’il peut engendrer constitue le fondement même de l’exercice du pouvoir et de la capacité d’un État à conduire le pays et protéger sa population. «Dormez en paix, braves gens. Nous veillons sur votre tranquillité.» Un travail d’influence que l’on peut constater depuis la vague d’attentats terroriste qui bouleverse les relations internationales, où la rhétorique des «experts», journalistes, politiques et intellectuels s’évertue à cultiver le sentiment d’inquiétude pour nous imposer des lois liberticides sur le renseignement ou la protection, sous couvert de défendre notre sécurité. «you can’t really function you’re so full of fear» disait John Lennon. L’histoire a tendance à se répéter dès lors qu’il s’agit d’agiter l’épouvantail de la peur dans les grands mythes légitimant les décisions politiques ou militaires auprès de l’opinion publique. Jusqu’à avoir recours au mensonge, comme ce fut le cas de la désormais trop célèbre seconde intervention américaine en Irak, justifiée par une série de mystifications arguant d’un danger immédiat pour la stabilité du monde. Et comme ce fut le cas démontré pour l’élection de Donald Trump à l’investiture suprême de son pays. Napoléon Bonaparte considérait que «l’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord», preuve que l’histoire officielle n’est finalement qu’un consensus s’embarrassant rarement de la véracité des faits.

«Le pouvoir d’influence du récit acquiert aujourd’hui une ampleur inédite avec la montée en puissance d’Internet»

Du pouvoir à la «mythocratie »

«Le pouvoir de scénarisation consiste donc à injecter ou à répandre des précédents dans le tissu social, de façon à induire des comportements basés sur l’application de ces exempla (historiques ou fictifs) à des cas réels à venir, dans la mesure où ces cas seront perçus comme étant semblables à ces exempla», explique Yves Citton, qui parle aussi de mythocratie, pour qualifier le pouvoir de la « scénarisation» de l’action politique conduisant à créer des émotions, formater les désirs et conditionner les comportements. Un soft power largement utilisé dans la rhétorique politique et entrepreneuriale pour induire, suggérer, diriger et, in fine, persuader. Sarkozy se réclamant de l’héritage de Jaurès (et confisquant dans le même temps cette référence du père fondateur à la Gauche), Obama marchant dans les pas de Lincoln, Poutine citant Al Capone dans un discours sur la situation en Ukraine, ne font rien d’autre que convoquer à leur avantage l’aura et la mythologie accompagnant chacun de ces personnages dans l’inconscient collectif. Tout cela n’est qu’un début. Le pouvoir d’influence du récit acquiert aujourd’hui une ampleur inédite avec la montée en puissance d’Internet, faisant sortir la parole des seuls réseaux traditionnels de communication. Toucher un maximum de personnes avec un minimum de moyens n’a jamais été aussi aisé et demandé dans le même temps autant de sophistication. Certains funestes acteurs comme Daesh ou Aqmi sont les premiers à avoir saisi tout le potentiel des médias connectés pour transporter un mythe de manière globale et instantanée. Car nous sommes aujourd’hui bombardés d’une information brute qui nous demande un effort inédit pour faire la part des choses. Et l’opinion appartient plus que jamais à celui qui parvient à imposer la meilleure histoire.

«Le salut réside dans la capacité à entretenir la critique sans toutefois verser dans le complotisme systématique»

Sortir de l’intrigue

Si les grands récits sont donc le ferment de la construction des civilisations, alors il faut considérer l’influence comme un mal nécessaire à son accomplissement. Car sortir de la dépendance, des carcans, des modèles demande un effort intellectuel et parfois physique conséquent. Notamment aujourd’hui où nous sommes alimentés en permanence par des flux d’information continus. Nous baignons à longueur de journée dans les stimuli, les arguments parfois contradictoires, l’injonction à manger cinq fruits et légumes par jour et à ne plus rouler en Diesel, le chantage à la santé publique, au climat ou à la faim dans le monde, les suggestions appuyées à déterminer qui sont les gentils et à fermer sa porte après minuit. «Fatigué du mensonge et de la vérité que je croyais si belle, que je voulais aimer», chantait Renaud. Mais même si l’histoire nous montre, de Diogène aux zadistes occupant nos forêts, qu’il est possible de sortir d’un système, il n’en demeure pas moins que, par ce seul fait, on participe finalement de la même histoire. L’idée n’est donc pas de se défaire de cette aliénation, de cette trame narrative qui nous dépasse. L’urgent est de garder l’esprit suffisamment critique pour savoir s’en dégager lorsque cela est nécessaire. «Le doute est le sel de l’esprit», disait le philosophe Alain. Et le fait est que le salut réside dans la capacité à entretenir la critique sans toutefois verser dans le complotisme systématique. Un doute qui n’empêche en rien les convictions. Une ligne de démarcation parfois ténue, la démocratie se nourrissant de la radicalité comme de la manipulation. Le contre-pouvoir reste le débat, la confrontation et la libre expression pour éviter la pensée dominante des sophistes à l’œuvre. «La défense du droit à la libre expression ne se limite pas aux idées que l’on approuve, […] c’est précisément dans le cas des idées que l’on trouve les plus choquantes que ce droit doit être le plus vigoureusement défendu», selon Noam Chomsky, qui nous exhorte à la désobéissance civile comme forme ultime de résistance. Parce que dans la vie, contrairement au cinéma, l’histoire n’est jamais vraiment tout à fait écrite à l’avance…

Pascal Beria

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A propos Pascal Beria

- Consultant éditorial indépendant - Rédacteur et scénariste - Auteur du livre « la révolution des contenus » - Rédacteur en chef de la revue « TANK »
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